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Ancien député de la 5ème circoncription des Français de l'étranger
Andorre, Espagne, Monaco & Portugal
 

Diplomatie climatique: Mon intervention à l'Institut diplomatique

Je répondais le 8 mars dernier à l’invitation de l’Alliance Française de Lisbonne pour intervenir sur le sujet de la Diplomatie climatique lors d’une conférence au Ministère des Affaires étrangères portugais.

J’ai pu y présenter les problèmes et les enjeux actuels. Une séance de questions/réponses très instructive m’a ensuite permis d’échanger avec les diplomates présents sur le rôle de la France, du Portugal et de l’Europe à l’échelle mondiale sur ces enjeux climatiques.

Vous pourrez trouver ci-dessous, le texte de mon intervention.

(seul le prononcé fait foi)

 

"Mesdames, Messieurs.

Je voulais remercier l´Alliance Française de son invitation à venir m´exprimer devant vous cet après midi.

Je me permets de me présenter rapidement, je suis Arnaud LEROY, député pour le Groupe PS à l´Assemblée nationale, où je suis également secrétaire de la Commission du développement durable et de l´aménagement du territoire. De plus, je suis vice président pour l´Europe de GLOBE, une association de parlementaires de l´ensemble de la planète qui a pour objet de contribuer à l´émergence d´un modèle de société durable. Ceci est en prise directe avec mon intervention qui sera consacrée à ce que nous pourrions appeler la diplomatie climatique.

Cataclysmique. C’est par ce terme que la Banque Mondiale, organisme connu pour être une officine écologiste de premier ordre  a décrit les conséquences du réchauffement que nous constatons depuis maintenant plusieurs décennies.

Le temps n’est malheureusement plus à parler des moyens d’annihiler les effets du réchauffement climatique, mais bel et bien de les limiter et surtout de s´y adapter. Actuellement, plusieurs scénarii sont sur la table.

On parle de 2 degrés de hausse des températures moyennes mondiales pour les plus optimistes à 4 degrés pour les plus pessimistes. Ce scénario des deux degrés est l’objectif affiché de l’ensemble des organisations qui luttent chaque jour pour préserver notre planète, et celui de notre maison commune qu´est l´Union européenne.

Dans ce domaine, l´expérience nous a démontrée que c´était rarement pour ne pas dire jamais que le scénario le plus optimiste l´emporté.

Cette thématique climatique, est constamment présente dans l’actualité nationale et internationale. Elle fait encore la une du journal Le Monde daté de ce jour.

En France, non seulement le ministère de l’écologie et du développement durable en a fait une thématique centrale, mais aussi le ministère du budget (avec la fiscalité écologique notamment), le gouvernement, par le biais d´une action conjointe de ces ministères, plus habitués à guerroyer qu´à coopérer a mis sur pied un comité sur la fiscalité écologique afin de rattraper le retard de la France dans ce domaine.

Quel lien avec le climat me demanderez vous ? Eh bien, sur un exemple qui fait l´actualité en ce moment chez nous, l´alignement progressif de la taxation du diesel et de l´essence, le rapport aux émissions de gaz à effet de serre de ces deux produits est différent, l´un devant donc être favorisé par rapport à l´autre, malheureusement cette analyse s´inverse quand nous évoquons les particules fines dommageables pour la santé humaine…voilà le type d´équation politique et budgétaire que nous serons, tous, amener à résoudre de plus en plus souvent à l´avenir.

Je terminerai mon propos sur l´action des ministères en soulignant le rôle prépondérant jouer par votre homologue français, le Ministère des Affaires étrangères, et le Ministère délégué au développement. Notre ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avec qui je me trouvai Doha en décembre dernier lors  de la  Conférence des parties a été clair : le climat est parmi les priorités de son ministère. L´actualité aussi chargée soit elle, par exemple au Mali, ne doit pas faire oublier cet engagement.

De plus, la France possède aussi depuis de nombreuses années un Ambassadeur délégué aux négociations climatiques, point focal de notre diplomatie sur ce sujet. Un réseau de diplomatie verte fut mis en place en 1999 sous le Gouvernement de Lionel Jospin afin de coordonner au mieux notre réseau diplomatique avec nos partenaires sur ces thématiques, à l´époque encore somme toute récentes.

Le développement durable, et le climat sont devenus des sujets quotidiens. Il n’y a qu’à voir l’évolution entre quelques dates clés : la remise du rapport du club de Rome sur les limites de la croissance, le premier sommet des nations unis sur l´environnement de 1972 à Stockholm, ou encore à l´échelle nationale le score de René Dumont, qui fut le premier candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1974, qui a tout de même réussi à rester dans la mémoire collective tout autant que le vainqueur depuis lors grâce à un verre d´eau et un pull à colle roulé rouge !

On se souviendra aussi des mots de Jacques Chirac à Johannesburg, alors le plus vieux chef d´Etat en exercice et à ce titre inviter à parler dès l´ouverture de la Conférence : il disait alors, dans une formule restée célèbre : « notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ». En 2007, la facilité avec laquelle chaque candidat à l’élection présidentielle a signé le pacte écologique de Nicolas Hulot, nommé depuis lors envoyé spécial pour l´environnement par le Président François Hollande.

En 2012, la situation fut tout autre, la crise économique et sociale a submergé l´urgence de la crise écologique et climatique.

Si les consciences ont certes évolué, il n´en demeure pas moins difficile, voire très difficile de faire bouger les choses.

Le point commun de tous les ministères, précédemment évoqués, je peux y rajouter celui du redressement productif  ou du travail, par le biais de la formation professionnelle, est de comprendre que le réchauffement climatique, et plus généralement les sujets environnementaux ont une place de plus en plus importante dans nos sociétés.

Ils irriguent notre vie quotidienne comme jamais auparavant, Ils peuvent être considérés comme une contrainte, comme une obligation que l’on doit gérer ou canaliser, mais ils peuvent, je dirai même doivent être aussi envisagés comme une opportunité et une chance pour des pans entiers de notre économie. C´est à ce prix que la société se mobilisera et acceptera les contraintes qui émergeront tôt ou tard.

A l’échelle internationale, le constat est peut être plus nuancé. Les sommets internationaux autour des problématiques climatiques se succèdent : Copenhague, Cancun, Durban, Rio, Doha… et les audiences restent toujours très importantes (du moins médiatiquement et diplomatiquement parlant).

En ce sens, Copenhague a marqué un tournant dans la jeune histoire des sommets mondiaux de l’environnement et de la lutte pour le changement climatique. En décembre 2009 à Copenhague, 40 000 personnes et 125 chefs de gouvernement se penchaient au chevet d’une planète malade. Ce fut sans doute là, un point de départ ou un point final, c’est selon les points de vue, d’une certaine conception de l’écologie. Cela fut sans aucun doute, un moment important, peut être le point d´orgue de la diplomatie climatique. Le concert des nations ou plutôt la cacophonie des nations a été ces semaines là étourdissant. Le résultat n´en fut que plus décevant.

194 Etats qui se retrouvent pour travailler ensemble et trouver un accord et une position commune pour préserver notre patrimoine commun qu’est la Terre n’est pas chose aisée. Le dérèglement climatique est un enjeu global qui impose de dépasser les souverainetés et implique de fait de repenser les relations internationales au bénéfice d'intérêts supérieurs partagés autour de la notion de "bien commun". La solidarité obligatoire que suppose le traitement d'un tel sujet tient à l'idée simple que l'exemplarité de quelques-uns ne sert à rien si elle n'est pas le fait de tous.

Pour mener à bien cette mission et pour parvenir à travailler ensemble pour le « bien commun » il est indispensable que des négociations formelles, patientes et menées conjointement s’organisent. Que de cette diplomatie climatique naisse une solution pérenne pour le maintien des conditions climatiques de notre environnement.

 

Le développement lent de la diplomatie climatique

Les préoccupations climatiques sont récentes. L’étude du climat est une science récente. Au final, depuis seulement quelques décennies, les conséquences des actions humaines ont commencé à interroger les dirigeants du monde. Et encore, nombreux restent ceux qui sont toujours gagnés par le « climato scepticisme » ou plus simplement le cynisme et surtout la cupidité.

C’est en 1988, dans un contexte incertain que le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a été conjointement crée par l’Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations Unies pour l’environnement. C’est sans doute dans cette ébauche d´un diagnostic commun qu’est née la diplomatie climatique.

Ces experts intergouvernementaux ont préparé des rapports de plus en plus alarmants (quatre au total) sans pour autant que ceux-ci soient traités avec la considération qu’il aurait fallu. Pourtant, leurs constats étaient limpides :

En 1990, le premier rapport était encore très mesuré. Selon le deuxième rapport, en 1995, « un faisceau d’éléments suggère qu’il y a une influence perceptible de l’homme sur le climat global ». Le troisième rapport, en 2001, établit que la « majeure partie du réchauffement observé au cours des cinquante dernières années est due aux activités humaines ». Enfin, en 2007, le quatrième et dernier rapport du GIEC, auquel ont participé plus de 2500 scientifiques de 130 pays, est le plus alarmiste. Il confirme que « Le réchauffement du système climatique est sans équivoque ». Il ajoute que « L’essentiel de l’élévation de la température moyenne du globe observée depuis le milieu du XXe siècle est très probablement attribuable à la hausse des concentrations de GES anthropiques ».

Dans son immense majorité, la communauté scientifique est unanime. Les décisionnaires politiques ont malheureusement un rythme différent. Ils rencontrent des obstacles qui freinent leurs bonnes intentions et ont surtout des objectifs qui divergent.

Le travail du GIEC est couronné de succès, et en 2007, près de 20 ans plus tard, ce même GIEC obtient, conjointement avec Al Gore pour son film Une vérité qui dérange le Prix Nobel de la Paix 2007. Le comité Nobel indique alors qu'il cherche « à attirer l'attention sur les processus et les décisions qui paraissent nécessaires pour protéger le futur climat du monde, et ainsi réduire la menace qui pèse sur la sécurité de l'humanité ». Le texte précise : « L'action est nécessaire maintenant, avant que le changement climatique évolue au-delà du contrôle de l'homme ». Nous étions en 2007.

Dans l´entre temps la Conférence de Rio, de 1992,  aura figé les règles de ce nouveau jeu global au travers la Convention cadre sur les changements climatiques et la mise en place d´un championnat de deux divisions, je fais référence ici au système des annexes, qu´il convient à mon humble avis, de faire évoluer au plus vite.

Plus proche de nous, plus précisément en 2008, que l’Union Européenne se positionne et re-devient un acteur incontournable de l’action environnementale et climatique. Les 27 pays se dotent d´un outil unique et avant-gardiste, le paquet Climat Energie. C’est par cet engagement concret, même si des programmes actions environnement européen (PAE) existent depuis les années 1970, que l’Europe réussit à se positionner comme un acteur important et incontournable des négociations environnementales. Auparavant, les actions étaient principalement nationales avec des accords de principes entre nations. En effet, pour être crédible, il faut être exemplaire, cela sera aussi un challenge pour la France, qui s´est déclarée disponible, comme l´on dit, en langage diplomatique pour accueillir la 21ème conférence des parties en 2015.

Ce paquet énergie climat a des objectifs simples et précis, qui restent notre feuille de route en 2013:

-         Faire passer la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen à 20 %

-         Réduire les émissions de CO2 des pays de l'Union de 20 %

-         Accroître l'efficacité énergétique de 20 % d'ici à 2020

La communauté internationale est passée, de Kyoto à Copenhague, d’un accord international juridiquement contraignant (même s’il est vrai difficilement applicable) à un accord non juridiquement contraignant. Ce sommet a marqué la fin des décisions « Top-Down » à savoir de mécanisme de coordination internationale par le haut. Souhaitons que nous puissions revenir rapidement à ce genre de décisions plutôt qu’à ce que nous observons actuellement : une addition de politiques nationales peu ambitieuses, et à un face à face sino-américain qui ne satisfait personne.

C’est à Copenhague que l’on se rend compte que l’Europe ne peut apparaitre désunie et que les décisions environnementales se font par groupes de pression. G2, G77, Union Européenne…chacun s’organise et se regroupe pour préserver au mieux ses objectifs.

D’ailleurs, il est largement reconnu que lors de ces négociations internationales, les votes et les décisions de certains pays ne se font pas, ou du moins pas uniquement, en fonction d’objectifs environnementaux. Les aspects économiques et financiers ne sont pas oubliés lors de ces réunions.  Remarquons l’organisation de la COP 18 à Doha alors que la Corée du Sud, un exemple environnemental plus frappant, était candidat. La diplomatie n’a pas apporté que ses vertus aux négociations internationales sur le climat.

Pour revenir sur le besoin d’union et de renforcement de la présence européenne dans les négociations climatiques,  on pourra noter que cette volonté s’est rapidement traduite en 2010 par la création d´un  commissaire et du direction générale chargé des questions de changement climatique qui est occupé depuis 2010 par la danoise Connie Heidegaard. Une preuve s’il en était besoin de l’implication de l’Union Européenne sur ces dossiers. Fut ce un choix judicieux, oui pour la structure, pour l´incarnation personnelle, je suis plus réservé. L´Union européenne et la Commission ayant un rôle prépondérant sur ces sujets, cette adéquation est cruciale.

Les enjeux climatiques, éléments diplomatiques essentiels

Le Programme des Nations Unies pour le Développement est très clair sur l’importance des évolutions climatiques : « À long terme, les changements climatiques représentent une menace grave pour le développement de l’humanité et à certains endroits ils mettent déjà en danger les efforts déployés par la communauté internationale en vue de réduire la pauvreté extrême ».

La lutte contre les changements climatiques est donc un objectif en lui-même pour la survie de notre environnement, et cela devient un élément essentiel pour le bien vivre. Les changements climatiques sont donc une menace, et pas uniquement pour le climat.

La difficulté dans la gestion de ce changement climatique est le caractère global de ce défi. Il s’agit là d’une menace physique qui peut frapper tout le monde, et qui ne pourra être contré que si la totalité des acteurs et des décisionnaires agissent ensemble. Autrement, le risque est en effet celui des « fuites de carbone », c’est-à-dire des délocalisations de pollutions vers des États aux politiques moins contraignantes, venant anéantir les efforts des États aux politiques les plus ambitieuses. La contrainte carbone devrait être peu ou prou la même partout.

À l’aube de l’ère moderne, Thomas Hobbes indiquait que seules des menaces ultimes pouvaient contraindre des  individus récalcitrants à s’engager dans le processus d’établissement d’un système politique. On peut donc logiquement se demander si ces menaces ultimes ne sont pas à nos portes et si les défis globaux qui nous sont imposés vont avoir sur nous un effet similaire. L’Etat nation, même parfois affaiblie peut probablement être une réponse à ce défi, l’Union Européenne, quand à elle, est incontournable.

Le défi global, mais surtout commun, que nous avons à gérer avec l’évolution de notre climat, va permettre la création d’une ère nouvelle et inconnue. Une ère dans laquelle le droit international va permettre la création d’une dépendance multiple entre les Etats. Une solidarité qui sera sans doute imposée par la nécessité de préserver un bien commun, mais qui aura le mérite d’exister, et qui pourra s’étendre sur des questions économique, politique et écologique. Cette solidarité aura comme objectif unique la préservation de la biosphère et de notre environnement commun.

La diplomatie climatique, prête à l’action ?

Chaque année, chaque conférence, chaque sommet, il est rappelé qu’il est nécessaire de s’impliquer, d’engager des moyens, de faire des réformes pour que les conséquences du changement climatiques ne soient pas cataclysmiques comme le rappelait la banque mondiale. Les efforts sont là, mais restent modestes, car nombreux sont les pays à rester dans une position attentiste. La raison en est simple, il est pour l’instant plus intéressant, sur le court terme du moins, de ne rien faire plutôt que d’engager des actions en faveur de le réchauffement de la planète, de la perte de la biodiversité, de la pollution de l’eau.

Cela devrait changer rapidement, c’est du moins ce qu’indique le rapport de Sir Nicholas Stern, l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale, qui sur commande du gouvernement britannique a préparé un rapport des plus frappants. Deux choses ont été mises en lumières :

-         Tout d’abord qu’il était possible, grâce à un investissement conséquent (équivalent à 1% du PIB) d’atténuer les conséquences du réchauffement climatique (il est finalement revenu sur ses calculs. Les dégâts étant malheureusement trop importants)

-         Autrement, et nous sommes actuellement dans ce cas puisque les investissements au niveau du PIB planétaire ont été minimes, les conséquences de l’inaction seront importants et nous amèneront à une récession du PIB mondial d’environ 20%.

Ces mots ont d’autant plus de force qu’il ne s’agit pas là de ceux d’un climatologue, mais bien de ceux d’un économiste renommé.

Le rapport est de 1 à 20 entre les deux scénarii.

1% du PIB mondial pour maîtriser les émissions de GES et stabiliser les concentrations (de 500 à 550 parties par million en volume) en utilisant les meilleures technologies, contre 20% du PIB mondiale en 2050 pour faire face aux conséquences de l’inaction, aux changements climatiques et à la détérioration de notre environnement. Là encore, l’effort à faire n’est plus écologique – les dégâts sont déjà trop importants et il s’agit maintenant de les limiter – mais ils deviennent de plus en plus économique, et c’est dans cette sphère là que la diplomatie finira sans doute par interférer de manière plus efficace que jusqu’à présent.

Régime international du climat

Pour réussir à intégrer l’ensemble des acteurs (Etat, entreprise, collectivité, particulier) dans une seule et unique action, il faut que le régime international du climat, à savoir une action collective d’envergure, puisse jouer un rôle central et décisif. Cela passera tout d’abord par la structuration des politiques menées à l’échelle internationale (commerce, développement, investissement, finance etc.), mais aussi verticalement en permettant l’emboîtement des différentes échelles d’action du local au global et du global au local.

C’est ce que s’applique à faire l’Union Européenne avec les PAE (Programme Action environnement) qui structurent l’arsenal législatif européen afin d’orienter les décisions européennes vers une plus grande préservation de l’environnement. En décembre dernier, la Commission européenne a d’ailleurs présenté le 7ème PAE pour la période 2014-2020 avec pour titre « Bien vivre dans les limites de notre planète ». Ce PAE, et les précédents programmes aussi, comme la feuille de route vers une économie sobre en carbone, sont le parfait exemple de cette structuration nécessaire.

Plus récemment encore, le budget de l’Union Européenne pour la période 2014-2020, budget très largement critiqué et certainement critiquable, a indiqué que près de 20% du budget serait réservé pour des mesures favorisant la préservation de notre environnement et la lutte contre le réchauffement climatique. Preuve s’il en est que non seulement l’Europe est à l’avant-garde des mesures écologiques, mais surtout que les efforts doivent se faire dans un cadre élargie qui intègre l’ensemble des problématiques économiques. La mise en place d’un développement durable efficace ne doit pas se réduire à des mesures symboliques de recyclage ou d’économie d’énergie, cela doit passer par un nouvel état d’esprit : transport, énergie, consommation, emploi, urbanisme …l’ensemble des caractéristiques de nos économies doit être intégré dans la réflexion.

Le régime international du climat, doit aussi permettre une dynamique, une évolution positive des traités et des mesures environnementales. Actuellement, les accords internationaux ont la fâcheuse tendance de se conclure par le plus petit dénominateur commun. Il s’agit là de la conséquence du faible rôle que tient le climat dans les préoccupations des parties engagées dans ces négociations. Le sommet de Doha en est le parfait exemple : aucune décision engageante, mais des compromis minimalistes, sur des efforts possibles et souhaitables. Autrement dit, une reculade sur des engagements concrets et chiffrés.

 L´élaboration de ce régime international du climat prend du temps, et il est illusoire de s’imaginer qu’un seul et unique sommet permettra de modifier la donne actuel. Cette priorité se construit par étape : l’adoption de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques fut l’acte fondateur, le protocole de Kyoto (même s’il fut appliqué que très tardivement et très partiellement) prit un relai non-négligeable et reste à ce jour le seul outil contraignant. Pour combien de temps ?

La suite se fait attendre mais les réseaux existent, et les efforts méritent d’être soulignés. La question sera de savoir quelle voie sera prise par les instances internationales, et quel rôle tiendra la diplomatie climatique à ce sujet : ira-t-on vers un nouvel accord de Kyoto avec tous les défauts que cela comporte ? où s’orientera-t-on vers une organisation international du climat sur le modèle de l’OMC par exemple ?

Je voulais souligner ici l’expérience Globe, qui est un réseau de parlementaires fondé en 1992, présent dans les assemblées législatives de la plupart des pays d'Europe et d'autres régions du monde. Les législateurs de GLOBE ont un intérêt commun à coopérer au-delà des frontières et des idéologies pour la promotion de la gouvernance environnementale, de la protection du climat et de la biodiversité.

Derrière des choix « climatiques » se cache des décisions géopolitiques

Même si l’on peut considérer que le but doit être commun, et que les objectifs sont théoriquement les mêmes lorsqu’il s’agit de préserver notre « bien commun » qu’est notre environnement, on peut se rendre rapidement compte que les différences sont importantes et que des groupes d’intérêts sont formés.

Les pays impliqués dans les négociations climatiques mondiales ont des relations différents par rapport à ces changements : certains y ont contribués plus que les autres, d’autres en subiront plus les conséquences, d’autres encore sont d’avantage dépendants des énergies fossiles, et d’autres enfin vont être affectés par des mouvements de population liés à des dégradations de leur environnement immédiat. Autant dire qu’il n’est pas faux de déclarer que chaque pays possède sa relation particulière vis-à-vis des problèmes climatiques. Ce sont ces différences qui rendent les négociations climatiques difficiles, et qui rendent indispensable la diplomatie sur ce sujet.

La diplomatie climatique doit permettre de dépasser les nationalismes et permettre de trouver un accord nouveau et commun (au-delà des groupes de pressions précédemment évoqués). Les déséquilibres entre chacun des pays participants se doivent d’être intégrés dans les négociations, et l’accord doit proposé une négociation sur un ensemble considérable de critères : climat bien entendu, mais aussi diversité, eau, développement, énergie. La préservation de notre environnement se doit d’être vu comme un tout.

 

 

Conclusion :

Alors que la période de validité du protocole initial de Kyoto a pris fin il y a de cela quelques mois (même s’il a pu être prolongé lors de la conférence de Doha), c’est une nouvelle ère qui s’ouvre devant nous. Les conditions réunies pour les négociations climatiques qui ont eu lieu lors de la signature de cet accord il y a de cela près de 15 ans ne sont plus les mêmes. Il reste maintenant à construire « l’après Kyoto ».

La négociation s’annonce âpre et compliquée. Les progrès sont d’autant plus lents que les bénéfices d’une réduction importante des émissions sont à la fois variables dans le temps (certaines régions du globe pourraient même bénéficier des changements et en tout état de cause les régions seront diversement touchées) et diffus dans le temps (le bénéfice est attendu d’abord pour les générations futures, alors que les mesures délicates doivent être prises aujourd’hui). Il n’en demeure pas moins que les changements climatiques ont d’ores et déjà donné lieu à des constructions juridiques et institutionnelles originales, que ce soit à l’échelle internationale ou européenne.

2015 s’annonce déjà comme une date importante dans les négociations climatiques puisqu’il s’agira du sommet qui permettra de chiffrer, de financer et de concrétiser toutes ces promesses faites  lors des précédents sommets. Il reste encore beaucoup à faire pour atteindre progressivement les 100 milliards de dollars par an (76 milliards d’euros), provenant des sources publiques et privées, et pour faire en sorte que le Fonds vert pour le Climat, établi à Durban, ne reste pas une coquille vide.

Les volontés affichées mais non suivies d’actes concrets ne pourront plus avoir lieu en 2015 puisque c’est lors de ce sommet que Cancun, Durban et Doha viennent se concrétiser ou se fracasser sur le mur de l´inaction.

L’accord de 2015, sera et devra être juridiquement engageant dans un délai très court : 2020.

De nombreuses étapes politiques et scientifiques sur l’environnement et le développement durable viendront jalonner le parcours d’ici 2015 : la publication du cinquième rapport du GIEC s’étalera avant 2014 ; les objectifs du développement durable, de même que l’accord sur le climat pour 2020, devront être adoptés en 2015 ; et le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, a annoncé qu’un sommet de chefs d’Etat précéderait ces deux échéances en 2014. Il nous faut simplement espérer que d’ici là, la diplomatie climatique ait réussit à remettre sur le devant de la scène le climat et le développement durable.

La diplomatie climatique ne peut pas être dissocié du travail lié à l´aide au développement. La France qui alloue plus de 3mds d´€ à cet effet vient de ré-orienter l´action de son agence afin d´en faire le cœur de son action. J´ai remarqué le même mouvement chez nos amis britanniques. Enfin, la diplomatie climatique ne pourra avoir de succès sans faire participer les peuples à l´élaboration des solutions. Le rôle des parlements nationaux et des exécutifs locaux, notamment les grandes villes est essentiel pour assurer l´acceptabilité des mesures à venir, qui auront, à mon avis, un impact sur la vie quotidienne des citoyens, il faudra faire changer certaines habitudes, bousculer des conforts…vous conviendrez comme moi, que ce n´est jamais chose aisée."

 

Portugal - durable - travail_en-circonscription
27/03/2013