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Ancien député de la 5ème circoncription des Français de l'étranger
Andorre, Espagne, Monaco & Portugal
 

Opposition entre l’Europe et la Chine sur les panneaux photovoltaïques

Depuis Jeudi 6 juin, l’Union Européenne a confirmé sa décision d’augmenter les droits de douane sur les panneaux solaires fabriqués en Chine. Ces droits ont augmenté de 11,8% à partir du 06/06 et de 47,6% dès le 06/08 si aucun accord ne devait être trouvé entre l’UE et la Chine.
A la suite de cette décision de la Commission européenne, la Chine a annoncé l’ouverture d’une enquête anti-dumping contre le vin européen, puis quelque jours plus tard, contre les berlines allemandes. En ligne de mire, ce sont donc bien la France et l’Allemagne qui sont visés. Sans vouloir parler de guerre économique, il est clair que sur ce sujet, chaque économie fait valoir ses arguments.
Car en effet, les chiffres et les conséquences sont importants. Actuellement, la Chine exporte vers l’Europe près de 21 milliards d’€ de produits solaires (panneaux solaires, cellules et wafers). Selon l’enquête menée par la commission européenne, pour être vendus à leur juste valeur, les panneaux solaires chinois devraient être proposés en Europe à un prix supérieur de 88 % à celui facturé en réalité. Des chiffres qui démontrent la réalité de l’écart entre les produits chinois et européens.
Cette décision d’augmenter les taxes de douanes sur ces produits est motivée par le souhait de préserver en Europe, une industrie d’avenir, génératrice d’emploi, et stratégique pour l’avenir. De nombreuses entreprises innovantes en Europe sont pour le moment exposées à des difficultés financières et commerciales en raison de la concurrence déloyale des exportations chinoises. Ces exportations représentent près de 80% du marché de l’Union et ont une capacité de production égales à 150% de la consommation mondiale. Autant dire qu’il s’agit là d’une véritable prise de possession du marché pour plus tard obtenir un monopole.
Par cette mesure, l’Union Européenne prévoit de sauvegarder les 25 000 emplois de la filière, mais aussi et surtout de permettre la création de nouveaux postes. Cette réflexion n’est pas nouvelle, puisqu’en Novembre 2012 les Etats-Unis ont mis en place des mesures anti-dumping allant de 25% à 250% sur les produits solaires chinois.
Au-delà d’un simple problème commercial, ce sont plusieurs thématiques importantes qui sont en jeu : la puissance politique d’une Europe des 27 unie, l’indépendance énergétique de l’Union Européenne, et la puissance industrielle européenne.
Sur le rôle international de l’Europe, il est indispensable que les 27 parlent d’une seule voix. Ce n’est qu’en étant solidaire que l’Europe pourra faire valoir ses droits. On remarque d’ailleurs que Pekin ne fait aucune distinction entre les produits allemands et français (ou autres) alors que les positions nationales sur cette mesure douanière étaient distinctes (l’Allemagne était contre alors que la France était en faveur).
Ce sujet est d’autant plus essentiel qu’il traite de l’approvisionnement énergétique. Alors que l’Europe recherche autant que possible la diversification de ces sources d’approvisionnement en gaz et en pétrole afin d’éviter toute dépendance énergétique, il est incroyable de penser que la production d’énergie photovoltaïque pourrait dépendre entièrement du bon vouloir chinois. Ces mesures douanières vont dans le sens d’une réelle indépendance énergétique, et sans doute politique.
Enfin, alors que la ré-industrialisation et le maintien des emplois industriels en France est au cœur du débat politique, il est improbable que l’Europe accepte d’abandonner un secteur d’avenir, générateur de près de 25 000 emplois aujourd’hui (et combien demain ?), et source d’innovations importantes. Espérons que ces premières mesures pourront être l’étincelle qui permettra la création d’une politique industrielle commune.
Il ne faut pas voir ces mesures comme punitives, elles correspondent aux mesures minimales strictement nécessaire pour rétablir des conditions de concurrence équitables pour les entreprises de l’Union concernées. Elles permettent cependant de donner une cohérence aux choix politiques de l’Europe des 27. Une cohérence politique, énergétique et industrielle. C’est par ce genre de choix et d’actions que la préservation de nos industries peut être garantie.

Arnaud Leroy
actualite - durable - pointdevue - travail_parlementaire - tribune
20/06/2013