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Ancien député de la 5ème circoncription des Français de l'étranger
Andorre, Espagne, Monaco & Portugal
 

Un projet de budget de l’UE en demi-teinte…

Un projet de budget de l’UE en demi-teinte…

Si l’on peut se réjouir que les chefs d’états des pays de l’Union Européenne se soient enfin mis d’accord sur le budget européen pour la période 2014-2020, on ne peut pas afficher une réelle satisfaction sur son montant en baisse pour la 1ère fois dans l’histoire de l’Europe et sur son défaut d’ambition.

Le fruit d’une rude négociation

Ce budget de 960 milliards d’€, finalement décidé est le fruit d’une rude et longue négociation entre les différentes tendances politiques présentes autour de la table. Les militants d’une politique européenne d’austérité et d’une Europe aux pouvoirs limités s’opposaient à ceux prônant une Europe solidaire, aux attributions renforcées…le rapport de force n´est pas favorable au second camp, emmené par notre Président de la République

Cette opposition nous montre bien que l’Europe, n’est pas une simple somme d´institutions, elle reste le lieu de batailles politiques intenses qui opposent les conservateurs aux progressistes. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que cette négociation autour du budget européen pour la période 2014-2020 dure depuis maintenant près de 2 ans. François Hollande a du intégrer en cours de route ce processus de négociation engagé sous le précédent gouvernement, mais a surtout du modifier les engagements du précédent gouvernement qui prévoyaient initialement une réduction encore plus drastique du budget européen le limitant à environ 860 Mds, soit 100 Mds de moins que le résultat final.

Les baisses restent importantes dans certains domaines stratégiques et emblématiques de l’Europe comme les transports, l’énergie ou les télécommunications.  Je retiendrai surtout la mise en avant constante de la notion de contributeurs nets que valorisent les pays dits du nord qui cherchent à récupérer un chèque ou autre rabais en retour de leur implication.

En ayant un regard national, on observera que les intérêts français ont été préservés. La dotation française au titre de la PAC est maintenue (sur un budget en baisse de 11% sur cette politique), la France bénéficie d’une forte dotation pour la politique de cohésion avec notamment la création des  « Régions en transition ». Le proposition de budget européen pour la période 2014-2020 est sans doute le « moins mauvais accord possible » dans la conjoncture actuelle, mais elle démontre surtout un manque cruel d´ambition pour le continent. La mise en avant des intérêts nationaux sans la mise en avant d´un intérêt commun européen ne pourra se poursuivre longtemps sans mettre en danger le projet européen lui-même, cette évidence a été rappelée par le Ministre Bernard Cazeneuve lors du déplacement que nous avons fait ensemble à Madrid la semaine dernière.

Des avancées importantes

La France s’est engagée et a obtenu des avancées sur des politiques européennes importantes. Le PEAD (Plan Européen d’Aide aux Démunis) est reconduit à hauteur de 2,5 milliards alors que le précédent gouvernement avait acté sa disparition à partir de 2013. La priorité du Président de la République sur le chômage se retrouve dans ce budget avec le lancement d’une initiative pour l’emploi des jeunes, qui sera dotée de 6 Mds€ sur la  période, pour les régions dont le taux de chômage des jeunes est supérieur à 25% en 2012, comme l´Espagne.

Enfin, je note la sanctuarisation de 20 % de l´enveloppe proposée pour alimenter les politiques visant à lutter contre les effets du changement climatique, voilà au moins une prise de conscience salutaire.

Le budget proposé avancé aussi une esquisse de ressources propres pour l’Europe via l’intégration de la taxe sur les transactions financières. L’indépendance de l’Union vis  à vis des luttes nationales et des égos politiques passera nécessairement par là.

Les négociations se poursuivent avec le Parlement européen

Cet accord n’est qu’une 1ère étape, le Parlement européen doit maintenant valider cette proposition de budget en juillet prochain. Une étape est loin d’être acquise puisque les présidents des quatre principaux groupes (conservateurs, socio-démocrates, libéraux et verts) ont déjà annoncé leur volonté d´apposer leur veto au budget proposé, ce veto est une nouveauté introduite par le Traité de Lisbonne.  

Les débats des parlementaires européens ont déjà commencé et les députés du groupe Socialistes et Démocrates, que je soutiens et dont l’action est relayée à l’Assemblée Nationale par les parlementaires socialistes, vont se battre pour plus de flexibilité budgétaire, pour une clause de révision, pour des ressources propres, pour un budget qui respecte ses engagements et qui soit à la hauteur des politiques d’investissement et de croissance qui doivent être menées.

L'Europe merite plus qu'un compromis.

Arnaud Leroy

20/02/2013
Andorre - Espagne - Portugal - breve - pointdevue - travail_parlementaire - tribune
  • Laurent JAYR, Barcelona 22/02/2013 00:31:42
    Compromis, chose due.
    Rebondissant sur la conclusion de cet article, effectivement l’Europe mérite mieux. Le projet européen des débuts paraît avoir perdu en passion et gagné en pragmatisme. L’Europe gère, temporise, compose, et en plus, en général à contretemps ou avec quelques TGV de retard. L’Europe doit être rendu aux architectes et aux passionnés mais elle est peuplée de technocrates et gestionnaires. La politique est une chose trop sérieuse pour être confiée aux politiques et l’Europe un projet trop ambitieux pour se résumer à 4 réunions annuelles stériles d’association de propriétaires qui discutent des réformes à réaliser en priorité.
    L’Europe n’est pas une chose due, mais un projet encore en construction et mis à dure épreuve. Il faudra des hommes et des femmes à la hauteur des circonstances. Il faudra des leaders à l’écoute, sensibles et réactifs. Les jeunes n’ont pas besoin d’aide, mais de moyens. Ils n’ont pas besoin de plus d’encadrement, de lois et de formation mais de plus de libertés, d’opportunités et d’accompagnement. Il ne s’agit de leur montrer le chemin, mais de les accompagner et de les conseiller. Pour cela il faut des adultes capables de les comprendre, de se remettre en question et d’imaginer demain avec eux. Car l’Europe de demain c’est évidemment l’Europe des jeunes. Laisser 25% d’entre eux, en dehors de l’économie, c’est penser que le futur se fera sans eux, c’est s’imaginer un futur qui n’a aucune chance de coller avec la réalité.
    L’Europe de demain, se fera avec ou malgré les politiciens d’aujourd’hui, mais ce fera avec les jeunes chômeurs d’aujourd’hui.