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Ancien député de la 5ème circoncription des Français de l'étranger
Andorre, Espagne, Monaco & Portugal
 

Budget 2014-2020 : L’Europe à l’heure des choix

Depuis ce jeudi 22 novembre, l’Europe entame une nouvelle étape importante de son existence récente puisque les 27 pays de l’Union se réunissent pour déterminer le futur budget pour la période 2014-2020. Le budget de l’Europe a en effet cette spécificité d’être préparé sur une période longue afin d’avoir une visibilité accrue et surtout afin d’éviter les débats annuels autour du financement.

Alors que la période actuelle, et la crise économique accrue que nous rencontrons en Europe devraient nous amener à plus d’union et de solidarité, c’est malheureusement à une addition d’égoïsme et de rigidité intellectuelle à laquelle nous assistons. Le sujet, l’Europe, mais surtout la période, 2014-2020 que l’on peut apparenter à la période de sortie de crise, ne se prêtent pas à ces petits jeux nationalistes, égoïstes, et dangereux pour l’Europe.

Allemagne, Grande-Bretagne, Hollande, Autriche et même France, sont les acteurs de cette tragicomédie à l’échelle européenne. Avant même les débuts des concertations, les positions des pays européens sont  tranchées et chacun annonce ne pas vouloir céder d’un iota sur ces décisions.

Mais de quoi s’agit-il ? Et pourquoi tant d’oppositions sur une décision européenne dont l’importance n’a d’égale que la faiblesse du budget discuté ?  Trois points sont à l’étude et sont autant de pommes de discorde pour les pays européens réunis  ces jours-ci à Bruxelles.

1.       Une définition de l’enveloppe budgétaire globale

Le budget actuel de l’Europe sur la période 2007-2013 est de 862 milliards d’€ et représente environ 1% du PIB de l’Union. A titre de comparaison, les budgets nationaux représente généralement 40% du PIB national. La difficulté actuelle est de déterminer le budget de l’Union pour la période 2014-2020. Doit-il être augmenté, réduit, maintenu ?

Le Royaume-Uni et sa politique eurosceptique, cherche à réduire au minimum ce budget, quand l’Allemagne veut l’adapter à sa propre politique d’austérité, alors que la France cherche à le maintenir au nom du « pacte de croissance européen » récemment négocié. Les négociations s’annoncent délicate, et Herman Von Rompuy (président du Conseil européen) vient de proposer une nouvelle proposition de 973 milliards d’€ (soit une réduction de 75 milliards par rapport à la première proposition de la commission européenne) et 1% du PIB.

2.       Une répartition des engagements nationaux

L’autre problème central de ces négociations reste la répartition du budget. Depuis les années 1980 et le désormais célèbre « I want my money back » de Margareth Thatcher, certains pays (Royaume-Uni, Autriche, Hollande) ont le droit à des « ristournes » sur leur participation au budget, qui sont d’ailleurs financées par d’autres pays membres (France et Allemagne notamment). Après plus de 30 ans, il est délicat de maintenir ces réductions puisque les contextes économiques et politiques sont si différents. Malheureusement, il est encore plus délicat et difficile de revenir sur ces engagements dans une période économique particulière, où les dépenses de l’Etat sont étroitement surveillées.

A titre d’exemple, la France verse près d’1 milliard d’€ à l’Angleterre au titre de cette réduction. Ce sont donc des négociations âpres et intenses auxquelles nous devons nous attendre lors de ce Conseil européen extraordinaire.

3.       Des orientations budgétaires

Le dernier mais non le moindre des sujets de discorde réside dans l’orientation du budget. Chaque pays cherchant, malheureusement, à orienter les choix vers des décisions qui le favorisent.

Deux importantes orientations européennes seront au cœur des débats : la PAC (politique agricole commune) et la cohésion européenne (qui permet le développement économique des pays en difficulté). Les uns (Royaume-Uni en tête) trouvent que ces politiques doivent être démantelées et que les choix européens doivent se concentrer sur des orientations économiques plus fortes, les autres chercheront à maintenir ces politiques fédérales devenues trop rares en Europe.

 

Droit de véto, inflexibilité, austérité ont été les maitres mots des jours qui ont anticipés ce Conseil européen extraordinaire. Cependant, l’heure n’est pas au repli sur soi, mais au contraire à l’ouverture à l’autre et au soutien mutuel. Alors que l’on parle de plus en plus d’un fédéralisme européen pour lutter contre la mondialisation et contre les conséquences économiques d’une crise qui touche tout particulièrement l’Europe, les mots de Bernard Cazeneuve, ministre français des affaires européennes résonnent tout particulièrement « ce qui fait progresser l'Europe c'est la recherche du compromis, plutôt que la menace du veto ».

Arnaud Leroy

pointdevue - tribune
27/11/2012