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Député de la 5ème circoncription des Français de l'étranger
Andorre, Espagne, Monaco & Portugal
 

La confiance dans la vigilance

La rentrée scolaire s’est finalement bien déroulée et on eût aimé en dire autant de la rentrée politique. Las ! Tensions et couacs reprirent de plus belle et le mini-remaniement fut vite occulté par son dernier épisode : l’acte irresponsable d’un collègue député, pourfendeur de la fraude fiscale dans l’hémicycle mais piètre contribuable. Doit-on encore relever l’outrecuidance de rejoindre un gouvernement bien qu’en « délicatesse » avec les autorités fiscales ?

Ce triste épisode ajoute à la nausée ambiante et un peu plus au discrédit du personnel politique. On le regrette d’autant que c’est grâce au dispositif voté suite à l’affaire Cahuzac que les éléments de l’affaire ont été transmis au Premier ministre. Retenons-en au moins cet élément positif.

A la source de cette histoire, donc, la démission du gouvernement due à un acte d’autorité du Premier ministre qui interpréta comme une provocation une sortie d’Arnaud Montebourg son ministre de l’économie. Je retiens de cette séquence que si ce dernier est parti, les questions posées et les solutions proposées elles demeurent.

Nous venons d’apprendre que le déficit budgétaire de la France pour l’année 2014 se portera autour des 4,4 %. Bien loin des 3 % promis, alors que jamais la pression fiscale n’a été aussi forte, la progression des dépenses publiques aussi faible et le chômage si élevé. Ce chiffre démontre que cet objectif de 3 % est intenable en période de croissance atone. 

Cet objectif de 3 % fut décidé dans l’Europe des années 90, période d’essor économique. Il est temps de porter un autre regard sur la croissance : cette dernière ne sera plus de 2,5  % ou 3 %, elle plafonnera à 1,5 % voire 2 %, et c’est dans ce cadre qu’il faut repenser la France de demain, notre contrat social. De cette croissance dépend le financement du régime des retraites, de la sécurité sociale ou encore des rentrées fiscales, notamment les impôts et taxes liés à l’activité économique.

Bonne élève parmi la zone euro, la Finlande vient elle aussi d’enregistrer un dérapage de son déficit, ce qui démontre que les difficultés ne sont pas qu’hexagonales. Les dernières décisions de la BCE sont à saluer car elles offrent un horizon monétaire un peu plus propice aux partenaires de la zone euro — même si nos voisins allemands déplorent la mesure de Mario Draghi. La mise en place de la nouvelle Commission européenne, bien qu’à large majorité conservatrice, offre aussi un peu d’espoir au regard du plan d’investissement et de croissance doté de 300 milliards d’euros que le nouveau Président Juncker s’est engagé à entreprendre dans les prochains mois.

Après deux des années les plus dures depuis le début de la crise, le scénario économique  sur lequel la campagne de 2012 a été bâtie semble bien loin. Prenons en acte.

Jean-Marc Ayrault déclarait il y a peu « nous n'avons pas assez décrit aux Français les difficultés du pays ». C’est certain — mais cela ne peut nous servir d’excuses. Les Français sont dorénavant conscients des difficultés du pays et de l’Europe mais j’ajouterais, qu’il convient aussi de décrire les options, une vision pour l’avenir de notre pays, de l’UE. On ne peut résumer un projet politique à des objectifs comptables aussi important soient-ils.

A la difficulté économique s’ajoute une crise de confiance majeure dans notre pays, une méfiance envers le personnel politique, de toutes obédiences mais aussi des corps constitués ou représentatifs. A cela s’ajoute une opposition en miettes : sans ligne ni projet, la droite républicaine fait semblant de se chercher un chef et donne aux Français le pénible spectacle d’une surenchère sans fin. L’extrême droite est aux aguets, sans projet crédible mais qui profite du climat anxiogène et du spectacle donné par les partis de gouvernement.

C’est dans ce contexte particulier qu’intervient ce vote de confiance, qui me semble-t-il n’a jamais aussi bien porté son nom.

Oui, j’apporterai ma confiance au Gouvernement de Manuel Valls. Non, par ce vote je n’accorderai pas un blanc-seing ni un « quitus apriori » pour les textes à venir, notamment budgétaires. C’est une confiance vigilante que j’accorde au Premier ministre.

 

Arnaud Leroy

actualite - pointdevue - travail_parlementaire - tribune
16/09/2014